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La création de formations ou écoles spécifiques, une réponse des grands groupes pour anticiper les évolutions technologiques et nouveaux métiers liés au numérique ?


En 2013, Xavier Niel inaugure à Paris l’école 42, une formation en informatique entièrement gratuite, ouverte à tous sans condition de diplôme et accessible dès 18 ans. L’ambition du PDG de Free : proposer une formation basée sur le peer-to-peer learning (1) qui répondra aux besoins de développeurs informatiques en France, un secteur en pénurie dans le pays à cette période. Cette initiative sera reprise par d’autres entreprises, pour répondre à un réel besoin dû à une transformation du marché…

Par Marianne C.
Temps de lecture : 3 min.

Face à la pénurie de profils qualifiés, les grands groupes innovent 

Xavier Niel est donc un précurseur en France et propose un nouveau modèle d’apprentissage où les frontières entre l’entreprise et la formation se mélangent. En 2017, seulement quatre ans après son ouverture, 42 est désignée comme meilleure école de programmation informatique au monde par CodinGame (2). Aujourd’hui basée à Paris mais aussi dans la Silicon Valley, 42 s’implante de plus en plus à l’international : au Japon, en Belgique, au Maroc…. En 2020, 21 campus auront ouverts. Si l’ambition initiale était de former les meilleurs développeurs du monde, l’objectif est aujourd’hui de faire face à des besoins encore plus larges : programmation, réseaux et sécurité pour répondre à une pénurie importante de profils qualifiés.

En 2018, ce sont Microsoft et Orange Cybersécurité qui s’associent avec l’école d’ingénieurs informatique et généraliste, et lancent en septembre la première promotion de la spécialisation Cybersécurité défensive. Là encore, la formation répond à un réel besoin : une pénurie de compétences dans le domaine et une évolution de plus en plus rapide des technologies.  Concrètement comment se passe cette formation spécialisée ? Les ingénieurs d’Orange Cyberdéfense encadrent les travaux pratiques et les projets de fin d’étude, et l’entreprise accueille des étudiants en stage de pré-embauche. Ludivine de Lavison, directrice de la filière métier cyber et sécurité chez Orange Cyberdéfense met en avant le besoin de recruter des personnes rapidement opérationnelles et déplore le fait que les formations en écoles soient surtout théoriques. En s’impliquant dans les cursus, l’entreprise apporte ainsi une dimension pratique. Elle ajoute que participer à la formation des futurs ingénieurs aidera l’entreprise à recruter mais contribuera aussi à développer le niveau global de compétences du groupe (3).

Les partenariats grands groupes/écoles, un nouveau modèle ?

Cette association entre Orange et Microsoft n’est pas la seule action de l’entreprise pour s’impliquer dans la formation. Microsoft a en effet noué d’autres partenariats, a ouvert plusieurs écoles, notamment en France et propose des formations dédiées à l’intelligence artificielle. Selon Laurent Schosser, Directeur du service publique France du groupe, la dimension pédagogique est essentielle aux yeux de l’entreprise car pour adopter des technologies et des nouveaux usages, il est indispensable de fabriquer des compétences numériques qui sont aujourd’hui très recherchées. Ce dernier ajoute que l’entreprise a pour vocation d’être au service des compétences et des entreprises françaises dans une logique d’ouverture globale pour soutenir l’écosystème. Plus il y aura de projets, d’innovations, et de compétences en IA, plus il y aura de nouveaux usages autour de ces outils et technologies, ce qui suppose une approche collective (3).

A l’instar de ces entreprises, IBM et l’EM Lyon Business School, ont passé un accord pour cinq ans. Dans ce cadre, les deux partenaires travaillent notamment sur un futur « GPS des compétences », une plateforme destinée à anticiper les tendances en matière d’emplois et à proposer de nouveaux modèles de formations et d’accompagnement. L’école de commerce lyonnaise est par ailleurs partenaire de l’IBM France Academy, qui travaille sur la transformation des compétences pour les métiers de l’IT, du digital et de l’IA, pour les salariés de Big Blue comme pour ses clients.

Un autre exemple Français en matière de collaboration entreprise-école est celui de Stage301. Fondée par HelloWork, Klaxoon et MV Group, Stage301 a pour vocation d’être « une école dans l’entreprise » et propose à ses élèves une formation très opérationnelle.
Cette intervention des sociétés dans le monde académique n’est pas totalement nouvelle. En revanche, la manière de transmettre et former a beaucoup évoluée. Dans tous les exemples cités dans l’article, le lien entre entreprise et formation est très fort et ces nouveaux cursus forment des futurs salariés rapidement opérationnels et agiles. 

La création de parcours de formation inclusifs, ouverts à tous et favorisant la réinsertion

Ce qui est également nouveau, c’est que les entreprises s’associent désormais à des écoles pour proposer des formations destinées aux demandeurs d’emploi et aux personnes en reconversion professionnelle.
C’est le cas de Microsoft. La société s’est en effet associée à Simplon, entreprise sociale et solidaire de formation au code, pour créer une école alternative baptisée l’Ecole IA Microsoft sur son campus d’Issy-les-Moulineaux. Dans le cadre de ce projet, les étudiants décrochent un contrat de professionnalisation chez des partenaires de l’entreprise.

42, l’école ouverte par Xavier Niel est aussi gratuite et accessible à tous, ce qui laisse la chance aux personnes en reconversion professionnelle ou sans diplôme. La volonté du PDG de Free : « garantir à nos jeunes un emploi et doter les entreprises du numérique au sens large, grands groupes comme jeunes entreprises innovantes ou encore start-up, des talents dont elles ont besoin ».

Ces nouvelles écoles et cursus créés par ou avec des entreprises sont donc dans un premier temps, une réponse directe à la pénurie de profils compétents dans des domaines spécifiques. Les groupes privés investissent pour leur propre développement, en s’assurant qu’ils transmettent aux futurs salariés les savoirs et compétences clés qui les aideront plus tard à se démarquer, rester compétitifs et agiles malgré des évolutions technologiques de plus en plus rapides.
Mais ces entreprises agissent aussi pour la construction de nouveaux modèles de formations, moins scolaires, plus opérationnelles et ouvertes à des profils variés. Cela transforme donc en profondeur les manières d’enseigner et de former les employés de demain.

(1) peer-to-peer learning : un fonctionnement participatif, sans cours, sans professeur, qui permet aux étudiant(e)s de se former grâce à l’apprentissage par projets.
(2) CodinGame : site qui réunit une communauté de 650.000 développeurs et qui organise sur celui ci des challenges informatiques.
(3) Source : Sophie Caullier, le 13 décembre 2018, LeMagIt, Face à la pénurie de talents, les entreprises s’impliquent dans la formation