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Black Mirror ou le reflet d’une société jusqu’au-boutiste


Y a-t-il une limite à ce que l’Homme peut accomplir ? A la rencontre du digital, Charlie Brooker, créateur de la série Black Mirror et journaliste pour l’hebdomadaire The Guardian, met en lumière une société qui ne sait que trop peu poser les limites de la morale dans un univers disruptif. Depuis maintenant sept ans, la série aux quatre saisons et 19 épisodes (chaque épisode ayant son propre scénario) tente de mettre la population en garde face aux apports et dérives des nouvelles technologies.

L’image comme vice de la société 3.0

A l’image de Lacie dans l’épisode d’ouverture de la saison 3, les réseaux sociaux et l’e-réputation sont de nos jours au cœur de la vie de tout un chacun. Critique des médias sociaux, cette tragédie met en scène une société entièrement régie par la notation des uns envers les autres. Privilèges, relations, travail et même service ; tout y passe. Chaque personne voit sa qualité de vie dépendre de sa réputation qui découle de manière malsaine d’une mise en scène quotidienne des relations publiques.

Bien avant cet épisode et dès les débuts de la série, Black Mirror dressait le portrait peu flatteur d’une société conditionnée par l’image. En effet, dans son épisode inaugural, le réalisateur faisait déjà le choix de dénoncer l’attachement de l’homme à l’image ; même aux plus choquantes. (Alerte Spoiler) Dans cet épisode, la population britannique, affectée par le kidnapping de la princesse, regarde à l’unisson la mise en scène d’un acte zoophile impliquant leur Premier Ministre.

Si cette scène paraît au premier abord irréelle, la réaction de la population ne semble en rien contraire au comportement que l’on pourrait observer dans pareille situation aujourd’hui. Bien au contraire (les Etats-Unis ayant déjà diffusés la mort du leader lybien Mouammar Kadhafi).

Plus loin encore dans la gestion de l’image, la Chine prévoit pour 2020 le lancement d’un système de notation citoyen vraisemblable à ce que l’on peut voir dans l’épisode d’ouverture de la saison 3 de Black Mirror. Ce système croiserait entre autres des informations pénales, bancaires, judiciaires et professionnelles pour donner accès selon le résultat à des transports publics, des services d’Etat, des prêts bancaires ou encore des logements sociaux (pour ne citer que ces exemples).

black mirror

Vaincre la mort, entre lubie et questions éthiques

Peter Thiel, Larry Page, Elon Musk. L’ensemble de la Silicon Valley et de ses représentants en parlent sans jamais douter de la capacité de l’homme à lutter contre la mort. Un terme se cache derrière cela : transhumanisme. Ce mouvement intellectuel vise à développer à travers les technologies et la science les capacités humaines au delà de ce que la nature a donné à l’homme.

Entre utopie et dystopie, Charlie Brooker montre à travers Black Mirror les bienfaits et les possibles problèmes qui découleraient de ce progrès. Tout d’abord, dans son épisode nommé « San junipero », le réalisateur, dans un décor année 80 branché disco, nous montre comment l’homme pourrait vaincre la mort en projetant son esprit dans un monde virtuel afin de vivre éternellement et, dans certain cas, de repenser sa vie une fois son enveloppe charnelle quittée. Avec cet épisode, le journaliste s’essayait pour la première fois dans la série Black Mirror à la réalisation d’une histoire avec une chute heureuse.

A contre courant de cet épisode idéaliste, l’épilogue de la quatrième saison paru en décembre 2017 nous dresse un portrait moins élogieux du transhumanisme. Le progrès pour le progrès, l’homme se perd dans cet épisode dans des questions éthiques qui font de lui un demi-dieu en proie à des dérives qu’il a lui même créé.

Black Mirror semble donc en avance de quelques années d’un point de vue progrès technologique. Cependant, l’aspect réaliste de la série et notamment les questions morales qui découlent de chacun des progrès techniques mis à l’écran sont à prendre très au sérieux et doivent nous mettre en garde sur les limites du raisonnable en matière de progrès. Mais la raison peut-elle être au cœur du débat quand vient la question du progrès ? Alors même que ces révolutions ont pour but de prétendre à l’impossible, il paraît insensé d’entendre la raison quand l’impossible est, la plupart du temps, déraisonnable à la vue des mœurs de la société d’aujourd’hui.

Savons-nous réellement tout ce que nous sommes capables de réaliser ?

 

Loïc Palligen

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