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1
Nov

Avec Facebook, Tor sort de l’ombre

Depuis deux ans déjà, Facebook est accessible en .onion sur Tor, le réseau d’anonymisation d’internet. Mais un nouveau pas va être franchit : l’application Android de Facebook proposera dans une prochaine version une connexion via Tor. Souvent mal perçu, le « réseau oignon » reste néanmoins bien utile. Décryptage.

Tor, c’est quoi ?

 

Beaucoup ont entendu parler de Tor (pour The Router Onion), mais peu savent vraiment de quoi il s’agit. Souvent associé au côté obscur d’Internet, Tor est une technologie qui permet une navigation très sécurisé sur le Web. Fondé sur le principe du « Mix Network », avec l’usage de routeurs intermédiaires routant l’information d’un bout à l’autre de son chemin, Tor offre une navigation proche de l’anonymat dans le but de se protéger contre les différentes surveillances réseau en place sur la toile. En somme, une version rebelle du net. Plutôt cool, non ?

Pourquoi une image si sombre ?

 

Pourtant, ce serait mentir que de dire que Tor jouit une excellente réputation. L’opacité qu’il génère est souvent pointée du doigt car propice aux activités illicites. Ainsi, il n’est pas rare de voir ou d’entendre dans les reportages sur le fameux « Dark Net », que Tor est le repère des trafiquants d’armes, de drogues, voire pire. Il serait naïf de le nier et la fable de Platon sur l’anneau de Gygès le confirme : l’anonymat entraine souvent les hommes vers les pratiques frauduleuses. Mais c’est une vérité qu’il serait bon de nuancer. Ne serait-ce qu’un petit peu.

Tor et Facebook, les opposés qui s’attirent

 

D’abord parce que, plus que Tor lui-même, ce sont les usages de ces utilisateurs-là qui sont à blâmer. Ensuite, parce qu’on oublie l’utilité que procure le réseau oignon à ses autres usagers. Malheureusement, on cite rarement la Strongbox du New Yorker au moment d’évoquer le réseau anonyme et qui offre une confidentialité aux journalistes dans le partage d’informations sensibles. Ou bien le fait que Tor soit majoritairement financé par le gouvernement américain au nom de la lutte contre la censure et du partage sécurisé de l’information. C’est justement dans cette visée précise que Facebook – peut être le site le plus mainstream au monde – s’est lancé dans l’aventure Tor.

 

Les internautes de Chine, d’Iran ou de bien d’autres pays sont restreints dans leur usage d’internet. Et Tor est une avancée majeure sur ce point. Il facilite grandement l’accès au réseau social. Les utilisateurs restent, certes, sous la menace, car être anonyme sur Facebook n’est pas une mince affaire ; la connexion mobile était d’ailleurs une faille d’envergure. Mais elle est en passe d’être résorbée.

 

Certains peuvent y voir une manœuvre politique face à l’impact des révélations de l’affaire PRISM et à l’inquiétude de certains utilisateurs vis-à-vis de la protection de leur vie privée. C’est probable. Quand bien même, Tor sera peut-être le prochain outil de protection proposé par les entreprises à l’avenir. L’idée fait son chemin, et pas que chez Facebook. L’IETF et l’IANA – qui créent les standards d’Internet – ont déjà reconnu l’utilité d’un tel service pour le Web.

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